« La nuit des camisards »
ou voyage avec un spectacle à travers les Cévennes

En 2007, nous avons commencé une aventure artistique rare. Nous, Zinc Théâtre, avons créé « La nuit des camisards » de Lionnel Astier. Le spectacle est né à Saint-Jean-du-Gard – où nous avons joué pendant trois années –, puis a été repris jusqu’en 2014 à Alès. Nous avons pu, depuis 2016 et pouvons à nouveau pour 2017, reprendre ce spectacle, en retournant aux origines. Dans cette période politique aux relents obscurantistes comme extrémistes, « la nuit des camisards », parle, sans parti-pris, et avec humour, de ces périodes troubles où beaucoup s’isolent et se réfugient dans la peur de l’autre.

« La nuit des camisards » traite de cela, de la montée des intégrismes, de l’aveuglement des hommes dans un conflit, de la terreur, de la résistance à l’ignominie, de la liberté d’expression comme de la liberté de conscience, et de la place des femmes dans ces moments où les hommes choisissent de s’entretuer. « La nuit des camisards », bien loin d’une reconstitution historique, est un spectacle de théâtre contemporain qui s’adresse à tous, qui interroge, qui distrait, qui pose des questions, qui émeut.

Nous avons décidé de porter cette parole de liberté dans les endroits les plus éloignés des grands pôles culturels. Nous avons choisi de retourner aux origines de cette histoire que nous racontons. Nous avons vécu un galop d’essai qui nous a confortés dans ce projet : Au Pont de Montvert en août 2014, nous avons eu le bonheur de vivre une représentation exceptionnelle. Exceptionnelle non seulement par la qualité de la représentation (jouer au milieu du Bougès tout près des étoiles) mais aussi par la présence (nous avons dû refuser une centaine de spectateurs) et l’accueil du public (une ovation de 10 minutes). Cette représentation sur le Bougès fut l’exemple parfait de ce que doit être une représentation de théâtre. Des hommes qui parlent à d’autres hommes et qui les font frémir d’émotion. C’est cela que nous souhaitons faire dans la grande région des Cévennes.

« La pièce est écrite pour des extérieurs. Pour évoquer les fantômes de l’Histoire, les spectateurs sont convoqués, non pas dans UN théâtre, mais dans LE théâtre. Celui du monde, le même où se retrouvaient les camisards pour leurs assemblées secrètes, à ciel ouvert, loin des centres et proche des étoiles : le Désert. Le public est invité à se rendre à pied jusqu’au lieu du spectacle, comme le faisaient jadis les camisards, dans ces lieux de rendez-vous clandestins : une clairière, une grotte, des endroits retirés.
Le décor est naturel. Il est conçu comme une assemblée. »

Cette présentation écrite en 2007, parle bien du projet que nous souhaitons porter pour 2017. La pièce est à l’image des personnages dont elle parle. Riche en hommes, avec du matériel léger. Pas de technologie apparente, très peu d’artifices. Nous avons retravaillé ce spectacle pour qu’il puisse être installé et joué dans des endroits (un pré, une clairière) que l’on trouve dans toute commune rurale. Ici pas de gradins, pas de scène, les spectateurs sont assis à même le sol, en pleine nature.

Gilbert ROUVIÈRE

Gilbert ROUVIÈRE
Metteur en scène et directeur de la compagnie Zinc Théâtre (une des plus importantes compagnies du Languedoc-Roussillon), Gilbert Rouvière a plus de 50 mises en scène à son actif. Théâtre et opéra. Il travaille aussi bien en France qu’à l’étranger (particulièrement au Pérou depuis 10 ans). Son répertoire va du classique : Le Mariage de Figaro (Beaumarchais), Un chapeau de paille d’Italie (Labiche), Don Juan (Molière), au contemporain : Intendance/ saison 1 (Rémi de Vos), Rêver peut-être (Christine Angot), Mon Royaume pour un canal (Guy Vassal), Pollicino (Henze), …